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| Manadiers ?

Le métier de manadier a lui aussi suivi le mauvais côté du progrès. Enfin je devrais dire que la passion de manadier est devenue un métier, cela résumerait assez le sentiment ambiant.
 
Un manadier doit abattre son élevage suite à des contrôles sanitaires décelant la tuberculose sur certaines de ses bêtes. A la réunion suivante de l’association des manadiers, il demande naturellement l’aide, l’assistance des ses confrères, de ses amis dans ce moment difficile. Bien évidement allez vous me dire, dans un formidable élan de solidarité, de générosité, des voix se proposent qui pour vendre des têtes, qui pour en louer, ce qui permettrait d’honorer les contrats obtenus l’hiver précédent. Mais dans quel monde vivez-vous mes amis !!!! Des voix s’élèvent oui bien sûr, mais pour dire que c’est certes dommage de voir une race s’éteindre mais que ce malheur fera le bonheur d’autres …. Les contrats perdus seront bien forcés d’être honorés.
 
Les manadiers nous proclament l’amour de leurs bêtes. Le point d’honneur de la course camarguaise, qui veut se démarquer de sa sœur espagnole, est de nous parler de tous ces cocardiers qui, après 8 ou 10 ans de loyaux services, finissent leur vie paisiblement sur la terre de leur naissance. Certains ont même droit à une despedida, honneur suprême concluant en fête une carrière l’ayant élevé haut dans le cœur des afeciouna et réunissant en masse dans ses arènes fétiches son public de toujours, ses plus fervents admirateurs qui veulent le voir une dernière fois, l’applaudir une dernière fois, peut être même verser une petite larme en se remémorant les bonheurs passés. Et là, bien souvent quelques mois plus tard tout au plus, les journaux spécialisés nous annoncent avec peine la disparition du cocardier fêté, une maladie l’ayant emporté au royaume des bioù… Ironie du destin, comble de malchance, ce taureau à qui il y a encore peu nous promettions une retraite dorée se voit rattraper  par une subite maladie. Que d’hypocrisie.
 
Les manades ont proliférées ces dernières années parallèlement à l’explosion des spectacles camarguais, est-ce l’offre qui crée la demande ou le contraire, je vous laisse juges. Aujourd’hui on loue quelques hectares à sa commune, on achète quelques bêtes promises à l’abattoir et c’est parti, un nouveau manadier est né. Selon les moyens respectifs, une belle salle permettra d’accueillir le public pour diverses fêtes, mariages, séminaires … Quelques subsides rentrent et si à la morte saison, de plus en plus courte au demeurant  il faut bien que tout le monde vive, les fonds se font rares on peut toujours faire abattre … et racheter au printemps …
 
Dernièrement une « affaire » agite le mundillo camarguais. Un célèbre raseteur, reconnu par tous pour sa loyauté et son respect d’autrui,  aurait blessé un non moins célèbre taureau. Images à l’appui, on veut faire payer à se raseteur, la fédération est alertée, une sanction envisagée à l’encontre de cet homme. Il se propose de prendre en charge les frais occasionnés par cette blessure, bien évidement involontaire, pour couper court à toute polémique, mais le mal est fait, le fossé se creuse entre manadier et raseteur, les enjeux sont trop gros, il faut rentabiliser et une blessure empêche une sortie, empêche surtout une rentrée ... d’argent …
 
Fernand Granon, Paul Laurent, Marcel Mailhan, Claude Saumade devaient évidement faire vivre leurs manades, devaient bien évidement regarder le côté business de la Bouvine, mais c’étaient avant tout des éleveurs, des passionnés, où sont leurs successeurs aujourd’hui ?
Je ne veux pas mettre tous les manadiers dans le même panier, je veux espérer, je sais qu’il existe des hommes pour qui leur passion est au dessus de tout cela. Je vous en supplie messieurs, élevez vous contre ce système, osez afficher vos différences, opposez vous à ces dérives et le Peuple Camarguais sera à vos côtés.

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